Thème 2 : Comment la richesse se crée-t-elle et se répartit-elle ?
QG 2.3 : La dynamique de la répartition des revenus
Distinguer les revenus primaires (travail, capital, mixtes), analyser le partage de la valeur ajoutée, calculer un revenu disponible et comprendre l'effet de la redistribution sur les inégalités.
QG 2.3 : La dynamique de la répartition des revenus
Thème 2 : Comment la richesse se crée-t-elle et se répartit-elle ?
Objectifs du programme (BO STMG Terminale)
À l'issue de ce chapitre, tu dois être capable de :
- Distinguer les revenus en fonction de leur origine (travail, capital, activité indépendante)
- Comprendre qu'un individu peut être rémunéré par son travail, ses qualifications et la détention de capital : son revenu est alors mixte
- Analyser le partage de la valeur ajoutée à partir d'un graphique
- Calculer un revenu disponible et expliquer l'effet de la redistribution
Les notions clés
- Revenus primaires : du travail, du capital, mixtes
- Valeur ajoutée (VA) et son partage
- Rémunération des salariés : Excédent brut d'exploitation (EBE)
- Prélèvements obligatoires : Revenus de transfert
- Revenu disponible brut (RDB) : Redistribution
- Déciles : Inégalités : Impôt progressif
Capacité attendue : Identifier les types de revenus, lire un partage de la VA, calculer un revenu disponible et comprendre comment la redistribution réduit les inégalités.
Partie 1 : Quels sont les revenus primaires ?
Les revenus primaires sont les revenus perçus par les ménages en contrepartie d'une activité productive ou de la propriété d'un capital. C'est la première source de rémunération des ménages, avant toute intervention de l'État (impôts, prestations sociales).
Ils servent à :
- Consommer : acheter des biens et services (logement, alimentation, loisirs).
- Épargner : mettre de l'argent de côté pour des projets futurs.
- Investir : actions, biens immobiliers, placements financiers.
Revenu primaire : revenu reçu directement en contrepartie d'une participation à l'activité économique (travail fourni ou capital détenu), avant redistribution.
Les trois grandes catégories
| Type de revenu | Origine | Exemples |
|---|---|---|
| Revenus du travail | Activité professionnelle salariée ou publique | Salaire, traitement de fonctionnaire, primes, avantages en nature |
| Revenus du capital | Détention d'un patrimoine | Loyers (immobilier), dividendes (actions), intérêts (placements) |
| Revenus mixtes | Travail et capital combinés | Bénéfices d'un artisan, d'un commerçant, d'une profession libérale, d'un agriculteur |
Exemple : le boulanger artisan il tire un revenu à la fois de son travail (fabrication du pain) et du capital investi (four, local, matériel). Son revenu est donc un revenu mixte.
Document 1 : Comment se répartissent les salaires en France ?
Pour comprendre les revenus du travail, il faut regarder comment se répartit la masse des salaires entre les différents niveaux de rémunération.
Répartition des salaires mensuels nets en 2023 (en milliers d'EQTP)
La tranche 2 000–3 000 € regroupe le plus grand nombre de salariés (~7 000 milliers d'EQTP). Les salaires sont concentrés autour des valeurs intermédiaires. Les bas salaires (< 1 500 €) et les très hauts salaires (> 7 000 €) sont minoritaires.
Lecture du graphique :
- La tranche 2 000 – 3 000 € nets/mois rassemble le plus grand nombre de salariés (~7 000 milliers d'EQTP).
- Les salariés gagnant moins de 1 500 € sont moins nombreux que ceux qui perçoivent entre 2 000 et 3 000 €.
- Les très hauts salaires (> 7 000 €) ne concernent qu'une petite minorité.
Conclusion : la répartition des salaires en France est majoritairement concentrée autour des salaires intermédiaires. Les bas salaires existent mais concernent une part plus limitée des salariés à temps plein.
Document 2 : Les écarts de salaires en France
Tous les salariés ne perçoivent pas le même revenu : il existe des écarts importants selon la catégorie socioprofessionnelle (CSP) et selon le sexe.
⚠️ Attention à l'unité : les chiffres ci-dessous sont des salaires nets mensuels en équivalent temps plein (EQTP). Cela signifie qu'on ramène tous les salariés à un temps plein. Le salaire réellement perçu par un salarié à temps partiel est donc plus faible.
Salaires nets mensuels moyens en 2023 : écarts par CSP et par sexe (en € EQTP)
Les écarts salariaux ont deux causes principales. Catégorie socioprofessionnelle : un cadre gagne en moyenne 2,25× plus qu'un ouvrier. Sexe : à temps de travail identique (EQTP), les femmes gagnent 14,2 % de moins que les hommes ; à poste et entreprise identiques, l'écart « inexpliqué » tombe à 3,8 %. Les chiffres sont des salaires nets mensuels en équivalent temps plein : un salarié à temps partiel touche en réalité moins que la valeur affichée.
Repère : la moyenne globale En 2023, le salaire net moyen dans le secteur privé est de 2 735 € par mois en EQTP (source : INSEE Première n°2020, 2024).
Analyse des écarts par CSP :
- Les cadres gagnent en moyenne 4 570 €/mois, contre 2 030 € pour les ouvriers.
- L'écart est de 2 540 €/mois en faveur des cadres, soit un rapport de 2,25 : 1.
- Cet écart reflète des différences de qualification, de responsabilités et de niveau de poste.
Analyse de l'écart hommes / femmes :
- Les hommes gagnent en moyenne ~2 900 €/mois, les femmes ~2 510 € (EQTP).
- L'écart est de 14,2 % en EQTP. Sur le revenu salarial annuel (qui tient compte du temps partiel et du nombre d'heures effectivement travaillées), l'écart grimpe même à 22,2 %.
- À poste et entreprise identiques, l'écart « inexpliqué » tombe à 3,8 % seulement.
- Causes principales : différences de CSP, secteurs d'activité moins rémunérateurs, temps partiel plus fréquent chez les femmes, plafond de verre et discriminations professionnelles persistantes.
Partie 2 : Comment se partage la valeur ajoutée ?
Avant d'arriver dans la poche des ménages, la richesse créée par les entreprises (la valeur ajoutée) doit être répartie entre plusieurs acteurs qui ont contribué à la produire.
Rappel : Valeur ajoutée (VA) richesse créée par une entreprise lors de son activité. VA = Chiffre d'affaires − Consommations intermédiaires
Exemple : une boulangerie vend pour 100 000 € de pain et achète 40 000 € de farine, électricité, emballages. → VA = 100 000 − 40 000 = 60 000 €.
Les 5 grands bénéficiaires de la VA
| Bénéficiaire | Forme de rémunération | Rôle |
|---|---|---|
| Les salariés | Salaires + cotisations sociales | Rémunération du travail fourni |
| L'État | Impôts sur la production, TVA, IS | Financement des services publics |
| Les banques | Intérêts et remboursement des emprunts | Rémunération du crédit accordé |
| Les actionnaires | Dividendes | Rémunération du capital investi |
| L'entreprise elle-même | Épargne, autofinancement | Financement des investissements futurs |
Plus la part qui revient aux salariés est élevée, plus le pouvoir d'achat des ménages augmente. Plus la part qui revient à l'entreprise (EBE) est élevée, plus celle-ci peut investir.
Document 6 : Le partage de la VA en France (2020)
Le partage de la valeur ajoutée en France (en %, prix courants 2020)
La valeur ajoutée se partage entre 4 grands bénéficiaires. La rémunération des salariés (salaires + cotisations) en capte 58,2 %, l'excédent brut d'exploitation des entreprises 31,3 %, le revenu mixte des indépendants 6,7 % et l'État 3,8 % (impôts moins subventions).
Lecture du graphique :
- La rémunération des salariés (salaires bruts + cotisations sociales patronales) représente 58,2 %de la VA : c'est laprincipale composante.
- L'EBE (Excédent Brut d'Exploitation), c'est-à-dire la part qui reste aux entreprises après salaires et impôts, représente 31,3 %.
- Le revenu mixte des entrepreneurs individuels représente 6,7 % (en baisse depuis les années 2000 : il était de 7,9 % en 2000).
- La part de l'État (impôts sur la production − subventions) ressort autour de 3,8 %.
Conclusion : la rémunération des salariés est la composante dominante du partage de la valeur ajoutée. Cela permet de soutenir la consommation des ménages et de financer la protection sociale via les cotisations.
Partie 3 : Du revenu primaire au revenu disponible
Le revenu primaire n'est pas le revenu réellement disponible pour le ménage. L'État intervient pour redistribuer la richesse via deux mécanismes :
1. Il prélève une partie des revenus (impôts + cotisations sociales).
2. Il redistribue sous forme de prestations sociales (RSA, allocations, retraites…).
Revenu disponible : revenu dont disposent réellement les ménages après prélèvements obligatoires et après versement des prestations sociales. C'est ce qu'ils peuvent consommer ou épargner.
La formule du revenu disponible
Du revenu primaire au revenu disponible
Le revenu disponible (RD ou RDB pour revenu disponible brut) est ce qui reste réellement au ménage pour consommer et épargner. Il dépend autant du revenu primaire que de l'action redistributive de l'État.
Formule simplifiée :
Revenu disponible = Revenu primaire − Prélèvements obligatoires + Revenus de transfert
Les prélèvements obligatoires
Ce sont les impôts et les cotisations sociales que l'État prélève pour financer ses missions.
| Prélèvement | Sur quoi ? | Bénéficiaire |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu (IR) | Revenus des ménages | État |
| Impôt sur les sociétés (IS) | Bénéfices des entreprises | État |
| Cotisations sociales | Salaires | Sécurité sociale |
| Taxes locales | Patrimoine immobilier | Collectivités |
| TVA | Consommation (impôt indirect) | État |
Les revenus de transfert (prestations sociales)
Ce sont des sommes versées sans contrepartie directe de travail. Elles résultent de la redistribution organisée par l'État et les organismes de protection sociale.
Exemples : allocations familiales, RSA, allocations chômage, pensions de retraite, APL (aide au logement), bourses étudiantes.
Qui les verse ? L'État, la CAF, la Sécurité sociale, les caisses de retraite.
Rôle économique : réduire les inégalités de revenus, protéger contre les risques sociaux (chômage, maladie, vieillesse), garantir un niveau de vie minimum.
L'effet de la redistribution sur les inégalités
Pour mesurer si la redistribution réduit vraiment les inégalités, les économistes classent la population en 10 groupes égaux (les déciles), du plus pauvre (D1) au plus riche (D10), et regardent la part du revenu total captée par chaque décile avant et après redistribution.
Effet de la redistribution sur la part du revenu par décile (avant / après)
La redistribution augmente la part captée par les ménages modestes (déciles D1 à D5) et réduit fortement la part du décile D10 (de ~31% à ~24%). L'État réduit ainsi les inégalités sans les supprimer.
Lecture du graphique :
- Avant redistribution : le décile D10 (les 10 % les plus riches) capte ~31 % du revenu total, contre seulement ~1,5 % pour D1.
- Après redistribution : la part de D10 tombe à ~24 %, tandis que celle de D1 monte à ~3 %.
- Les déciles modestes (D1 à D5) voient leur part augmenter, ceux des plus riches (D9 et D10) voient leur part baisser.
Objectif de la redistribution :
- Corriger les inégalités de revenus primaires.
- Améliorer le niveau de vie des ménages les plus modestes.
- Garantir la cohésion sociale et une plus grande justice sociale.
⚠️ La redistribution réduit les inégalités, elle ne les supprime pas : après redistribution, le rapport D10/D1 reste élevé (~8 fois), notamment sur le patrimoine.
L'évolution du poids des prélèvements obligatoires
Pour financer cette redistribution, l'État doit prélever toujours plus sur l'économie. C'est ce que mesure le taux de prélèvements obligatoires (PO/PIB).
Évolution du taux de prélèvements obligatoires en France (1960-2023, en % du PIB)
Le taux de prélèvements obligatoires est passé d'environ 30% du PIB en 1960 à 43,2% en 2023. La hausse traduit le renforcement du rôle de l'État. La crise Covid de 2020 a provoqué un pic (~45%) car le PIB chutait plus vite que les prélèvements.
Tendance générale (1960 → 2023) :
- En 1960, les prélèvements représentaient ~30 % du PIB.
- En 2023, ce taux atteint 43,2 % du PIB : un des plus élevés au monde.
- La hausse est de +13 points en 60 ans : elle accompagne le développement de l'État-providence (Sécu, écoles, retraites, hôpitaux).
Les chocs récents (2020-2023) :
- 2020 (Covid) : le taux augmente mécaniquement (~45 %) car le PIB chute plus vite que les prélèvements. La fiscalité joue un rôle de stabilisateur automatique.
- 2021-2023 : reprise économique + baisses ciblées d'impôts → le taux redescend progressivement à 43,2 % en 2023.
À retenir : un taux de PO élevé n'est pas forcément un signe de mauvaise gestion. Il finance des services publics étendus et une protection sociale forte. C'est un choix de société.