Compétences visées (B.O. du 15 février 2018, annexe I)
- Qualifier une situation précontractuelle et repérer le processus de formation d’un contrat.
- Analyser et évaluer les conditions de la validité, les clauses et les effets juridiques d’un contrat.
Savoirs associés
Les principes contractuels et leur évolution ; la formation du contrat ; le contenu du contrat.
Durée indicative : 4 séances de 2 heures. Séance 1 : parties 1 et 2. Séance 2 : partie 3. Séance 3 : partie 4, synthèse et quiz. Séance 4 : entraînement à l’épreuve E3 en conditions réelles (2 heures).
Ce chapitre ne suit pas une seule entreprise : il s’appuie sur cinq mini-cas, chacun centré sur une étape de la vie d’un contrat (la négociation, la conclusion, la validité, les clauses, l’exécution). Les références du Code civil citées sont issues de la réforme du droit des contrats (ordonnance du 10 février 2016, ratifiée par la loi du 20 avril 2018). Apprenez les numéros des articles clés : à l’examen, citer la règle exacte rapporte des points.
1 Les principes du droit des contrats et leur évolution
1.1 Qu’est-ce qu’un contrat ?
Contrat : accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations (article 1101 du Code civil). Il s’agit d’un acte juridique : les parties ont voulu les effets de droit qu’il produit.
Obligation : lien de droit par lequel une personne, le débiteur, est tenue envers une autre, le créancier, d’exécuter une prestation (livrer, payer, réaliser un service, ne pas faire concurrence...).
Partie : personne physique ou morale qui s’engage dans le contrat. Le tiers est une personne étrangère au contrat.
Les grands principes du droit des contrats
Article 1102 : « Chacun est libre de contracter ou de ne pas contracter, de choisir son cocontractant et de déterminer le contenu et la forme du contrat dans les limites fixées par la loi. La liberté contractuelle ne permet pas de déroger aux règles qui intéressent l’ordre public. »
Article 1103 : « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. »
Article 1104 : « Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d’ordre public. »
Article 1172 : « Les contrats sont par principe consensuels. »
Article 1199 : « Le contrat ne crée d’obligations qu’entre les parties. »
Source : Code civil, version issue de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016.
Liberté contractuelle : chacun choisit de contracter ou non, avec qui et à quelles conditions. Elle est limitée par l’ordre public, c’est-à-dire les règles impératives auxquelles un contrat ne peut pas déroger (SMIC, délais de paiement maximaux, interdiction de vendre certains produits...).
Force obligatoire : le contrat s’impose aux parties comme la loi. Celui qui ne respecte pas ses engagements peut y être contraint et devoir réparer le préjudice causé.
Bonne foi : obligation de loyauté à toutes les étapes, de la négociation à l’exécution. Elle est d’ordre public : aucune clause ne peut l’écarter.
Consensualisme : le contrat se forme par le seul échange des consentements, sans formalité. Un accord oral est donc un vrai contrat. Par exception, la loi impose parfois un écrit (contrat de travail à durée déterminée, contrat d’apprentissage, crédit à la consommation).
Effet relatif : le contrat n’oblige que les parties ; il ne peut pas imposer d’obligation à un tiers.
1.2 Un droit qui protège davantage la partie faible
La réforme de 2016 : moderniser et rééquilibrer
Le droit des contrats du Code civil était resté presque inchangé depuis 1804. Pendant deux siècles, ce sont les juges qui l’ont adapté aux réalités économiques. L’ordonnance du 10 février 2016 a réécrit cette partie du Code pour y inscrire les solutions dégagées par la jurisprudence et rendre le droit français plus lisible pour les entreprises, y compris étrangères.
Elle poursuit un second objectif : protéger la partie en position de faiblesse. Le Code distingue désormais le contrat de gré à gré, dont les clauses sont librement négociées, et le contrat d’adhésion, dont les clauses non négociables sont fixées à l’avance par l’une des parties (conditions générales d’un opérateur téléphonique, d’une plateforme, d’une salle de sport). Dans un contrat d’adhésion, une clause créant un déséquilibre significatif est réputée non écrite (article 1171). La réforme consacre aussi un devoir général d’information avant la conclusion du contrat (article 1112-1), sanctionne l’abus de l’état de dépendance d’un cocontractant (article 1143) et permet de renégocier un contrat devenu ruineux à la suite d’un changement imprévisible de circonstances (article 1195).
La liberté contractuelle reste le principe, mais elle s’exerce désormais dans un cadre qui tient compte des rapports de force réels entre les parties.
Source : Synthèse rédigée pour le cours d’après le rapport au Président de la République relatif à l’ordonnance n° 2016-131.
Quelques classifications utiles
- Contrat synallagmatique : les parties s’obligent réciproquement (vente : livrer contre payer). Contrat unilatéral : une seule partie s’oblige (donation, cautionnement).
- Contrat à titre onéreux : chaque partie reçoit un avantage en contrepartie de ce qu’elle procure. Contrat à titre gratuit : une partie procure un avantage sans rien attendre en retour.
- Contrat de gré à gré / d’adhésion : clauses négociées librement / clauses non négociables fixées à l’avance par une partie (article 1110).
- Contrat-cadre / contrat d’application : le contrat-cadre fixe les caractéristiques générales des relations futures entre les parties (prix, remises, délais) ; les contrats d’application, souvent les commandes successives, en précisent les modalités d’exécution (article 1111).
ConnaîtreIdentifiez dans le document 1 les principes du droit des contrats, puis reformulez chacun d’eux avec vos propres mots en une phrase.
ComprendreExpliquez pourquoi la liberté contractuelle n’est pas absolue, en vous appuyant sur les documents 1 et 2.
AppliquerQualifiez chacun des contrats suivants à l’aide des classifications du cours : a) l’abonnement souscrit en ligne par un client auprès d’un opérateur de téléphonie ; b) l’accord annuel signé entre un fabricant et une enseigne, fixant les tarifs et remises de l’année ; c) chaque commande passée ensuite par l’enseigne dans le cadre de cet accord ; d) le prêt gratuit d’un vélo par un commerçant à un client pendant la réparation du sien.
2 La formation du contrat
2.1 La période précontractuelle : négocier de bonne foi
Pourparlers (négociations précontractuelles) : phase d’échanges avant la conclusion du contrat. Leur initiative, leur déroulement et leur rupture sont libres, mais ils doivent respecter la bonne foi (article 1112). Rompre des négociations n’est donc pas fautif en soi ; c’est la manière de rompre qui peut l’être (rupture brutale, tardive, sans motif, après avoir entretenu l’autre partie dans l’illusion d’un accord).
Sanction de la rupture fautive : responsabilité extracontractuelle de son auteur. La victime est indemnisée des frais engagés et, le cas échéant, de l’atteinte à son image, mais pas de la perte des gains qu’elle aurait tirés du contrat non conclu (article 1112, alinéa 2).
Devoir d’information : la partie qui connaît une information déterminante pour le consentement de l’autre doit la lui communiquer, si celle-ci l’ignore légitimement ou lui fait confiance. Ce devoir ne porte pas sur l’estimation de la valeur de la prestation (article 1112-1).
Confidentialité : utiliser ou divulguer sans autorisation une information confidentielle obtenue pendant les négociations engage la responsabilité de son auteur (article 1112-2).
Avant-contrats : le pacte de préférence (s’engager à proposer en priorité à un bénéficiaire de contracter, article 1123) et la promesse unilatérale (accorder à un bénéficiaire le droit d’opter pour la conclusion d’un contrat dont les éléments essentiels sont fixés, article 1124) sécurisent les négociations.
Mini-cas 1 : Lumen Événements et le groupe hôtelier
Lumen Événements est une agence événementielle de 14 salariés installée à Saint-Germain-en-Laye. En janvier 2026, le groupe Hôtels Rive Ouest la contacte pour organiser le séminaire annuel de ses 300 cadres, prévu en novembre. Pendant sept mois, les deux parties échangent : visites de lieux, trois versions du programme, devis détaillé de 185 000 € HT, plan de mise en scène et liste des prestataires sélectionnés par Lumen. Le directeur commercial du groupe écrit en juin : « Tout est validé de notre côté, il ne reste qu’à signer, votre dossier est de loin le meilleur. » Lumen pose alors des options sur deux lieux et réserve un traiteur, en versant 6 000 € d’acomptes non remboursables.
Le 3 septembre, la veille du rendez-vous de signature, le groupe annonce par courriel qu’il renonce, « pour des raisons budgétaires ». Trois semaines plus tard, Lumen découvre que le séminaire sera organisé par une agence concurrente, avec le même lieu, le même traiteur et un programme quasi identique au sien. La dirigeante de Lumen, Sonia Marchal, veut réclamer au groupe les 6 000 € perdus, le temps passé par ses équipes (estimé à 22 000 €) et la marge de 40 000 € qu’elle aurait réalisée sur l’événement.
Source : Cas construit pour le cours.
La rupture fautive des pourparlers devant les juges
Dans l’affaire dite « Manoukian » (Cour de cassation, chambre commerciale, 26 novembre 2003, n° 00-10.243), une société avait négocié pendant plusieurs mois le rachat des actions d’une autre, puis appris que les vendeurs avaient cédé leurs titres à un tiers alors que les discussions se poursuivaient. La Cour a jugé que la rupture était fautive, mais que la victime ne pouvait pas être indemnisée des gains qu’elle espérait tirer de l’opération, ni même de la « perte d’une chance » de les obtenir : seuls les frais de négociation et d’études pouvaient être réparés.
Cette solution est aujourd’hui inscrite à l’article 1112 du Code civil : « En cas de faute commise dans les négociations, la réparation du préjudice qui en résulte ne peut avoir pour objet de compenser ni la perte des avantages attendus du contrat non conclu, ni la perte de chance d’obtenir ces avantages. »
Source : Cour de cassation, chambre commerciale, 26 novembre 2003 ; article 1112 du Code civil.
Résoudre un cas pratique juridique : le syllogisme
- 1. Les faits qualifiés : résumez les faits utiles en les traduisant en termes juridiques (qui est l’auteur de la rupture, à quel stade, dans quelles circonstances).
- 2. Le problème de droit : formulez la question juridique de manière générale (« La rupture de pourparlers avancés, sans motif sérieux, engage-t-elle la responsabilité de son auteur ? »).
- 3. La règle de droit : énoncez la règle applicable avec sa source (article du Code civil, jurisprudence).
- 4. L’application au cas : confrontez la règle aux faits, point par point.
- 5. La solution : répondez clairement à la question posée.
À l’épreuve E3, les questions juridiques attendent ce raisonnement, même si l’énoncé ne le demande pas explicitement.
ComprendreExpliquez la règle posée par l’article 1112 du Code civil : un partenaire a-t-il le droit de rompre des négociations ? À quelle condition cette rupture devient-elle fautive ?
AnalyserAnalysez la situation de Lumen Événements en suivant la méthode du syllogisme : le groupe Hôtels Rive Ouest a-t-il commis une faute ? Parmi les trois sommes réclamées par Sonia Marchal, lesquelles peut-elle obtenir ?
2.2 La rencontre d’une offre et d’une acceptation
Offre : proposition faite à une personne déterminée ou au public, qui comprend les éléments essentiels du contrat (pour une vente : la chose et le prix) et exprime la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation. À défaut, il s’agit seulement d’une invitation à entrer en négociation (article 1114).
Rétractation de l’offre : libre tant que l’offre n’est pas parvenue à son destinataire. Ensuite, elle ne peut pas être retirée avant la fin du délai fixé par son auteur ou, à défaut, d’un délai raisonnable. Une rétractation prématurée empêche la formation du contrat, mais engage la responsabilité extracontractuelle de son auteur (articles 1115 et 1116).
Acceptation : manifestation de la volonté d’être lié dans les termes de l’offre. Une acceptation qui modifie l’offre (quantité, prix, délai) n’est pas une acceptation : c’est une contre-offre, qui doit à son tour être acceptée (article 1118). Le silence ne vaut pas acceptation, sauf si la loi, les usages, des relations d’affaires suivies ou des circonstances particulières en décident autrement (article 1120).
Moment de formation : le contrat est conclu dès que l’acceptation parvient à l’offrant (article 1121).
Conditions générales : elles ne s’imposent à l’autre partie que si elle en a eu connaissance et les a acceptées. Si les conditions générales de vente (CGV) du vendeur et les conditions générales d’achat (CGA) de l’acheteur se contredisent, les clauses incompatibles sont sans effet ; les conditions particulières l’emportent sur les conditions générales (article 1119).
Mini-cas 2 : Maison Ardent, torréfacteur, et le Café des Arts
Maison Ardent, torréfacteur artisanal à Conflans-Sainte-Honorine, vend du café en grains aux restaurants. Voici les échanges de courriels avec le Café des Arts, brasserie de Poissy.
| Date | Expéditeur | Message |
|---|---|---|
| 2 mars | Maison Ardent | « Découvrez notre nouveau blend Éthiopie-Brésil, idéal pour l’expresso, à partir de 17 € le kilo. Contactez-nous ! » (courriel publicitaire envoyé à 300 restaurants) |
| 4 mars | Café des Arts | « Votre blend nous intéresse. Quelles conditions pour 20 kg par mois ? » |
| 5 mars | Maison Ardent | « Nous vous proposons 20 kg par mois pendant un an à 18 € HT le kilo, livraison le 1er de chaque mois. Offre valable jusqu’au 20 mars. Nos CGV sont jointes (paiement à 30 jours). » |
| 11 mars | Café des Arts | « D’accord pour 20 kg par mois, mais à 16 € le kilo. » |
| 12 mars | Maison Ardent | « Impossible à 16 €. Nous maintenons notre offre du 5 mars. » |
| 14 mars | Maison Ardent | « Suite à la hausse du prix du café vert, nous retirons notre offre. » |
| 16 mars | Café des Arts | « Nous acceptons votre offre du 5 mars. Merci de livrer le 1er avril, conformément à nos conditions générales d’achat (paiement à 60 jours). » |
Source : Cas construit pour le cours.
Un prix affiché en vitrine ou sur un site marchand, avec la description précise du produit, est une offre au public : le client qui accepte forme le contrat. En revanche, un message publicitaire vague (« à partir de... ») ou sans les éléments essentiels n’est qu’une invitation à entrer en négociation. Le vendeur peut aussi préciser que l’offre vaut « dans la limite des stocks disponibles ».
AppliquerQualifiez juridiquement chacun des messages du document 5 (invitation à entrer en négociation, offre, contre-offre, acceptation, rétractation), en justifiant chaque réponse.
AnalyserAnalysez si un contrat a été formé entre Maison Ardent et le Café des Arts. Précisez ensuite quel délai de paiement s’appliquerait, compte tenu de la contradiction entre les CGV et les CGA.
3 Les conditions de validité du contrat
Conditions de validité (article 1128) : un contrat n’est valable que si trois conditions sont réunies : le consentement des parties, leur capacité de contracter et un contenu licite et certain.
1. Un consentement libre et éclairé
Le consentement peut être vicié par trois vices, à condition qu’ils aient été déterminants : sans eux, la victime n’aurait pas contracté ou aurait contracté à des conditions substantiellement différentes (article 1130).
- L’erreur : croire vrai ce qui est faux. Elle entraîne la nullité si elle porte sur les qualités essentielles de la prestation ou du cocontractant, et si elle n’est pas inexcusable (article 1132). L’erreur sur la valeur, c’est-à-dire le fait d’avoir payé trop cher, n’est pas une cause de nullité (article 1136).
- Le dol : obtenir le consentement de l’autre par des manœuvres, des mensonges ou la dissimulation intentionnelle d’une information que l’on sait déterminante (article 1137). L’erreur provoquée par un dol est toujours excusable, même lorsqu’elle porte sur la valeur (article 1139).
- La violence : contraindre l’autre à s’engager par la crainte d’un mal considérable pour sa personne, ses biens ou ses proches (article 1140). Constitue aussi une violence l’abus de l’état de dépendance d’un partenaire pour obtenir un engagement qu’il n’aurait pas accepté autrement et en tirer un avantage manifestement excessif (article 1143).
2. La capacité de contracter
Toute personne physique peut contracter, sauf les mineurs non émancipés et les majeurs protégés (tutelle, curatelle) dans les limites fixées par la loi (articles 1145 et 1146). Une personne morale (société, association) agit par ses représentants légaux, dans le respect de ses règles de fonctionnement.
3. Un contenu licite et certain
Le contrat ne peut déroger à l’ordre public (article 1162). La prestation doit être possible et déterminée ou déterminable (article 1163). Un contrat à titre onéreux est nul lorsque la contrepartie est illusoire ou dérisoire (article 1169), par exemple un téléviseur vendu 1 € par erreur d’affichage.
La nullité : sanction d’un contrat qui ne remplit pas une condition de validité. Le contrat annulé est censé n’avoir jamais existé : les parties se restituent ce qu’elles ont reçu (article 1178). La victime peut en outre demander des dommages et intérêts si elle a subi un préjudice (par exemple en cas de dol).
- Nullité relative : elle protège un intérêt privé (vice du consentement, incapacité). Seule la partie protégée peut l’invoquer (article 1181).
- Nullité absolue : elle protège l’intérêt général (contenu illicite, contraire à l’ordre public). Toute personne justifiant d’un intérêt, ainsi que le ministère public, peut l’invoquer (articles 1179 et 1180).
L’action en nullité se prescrit par 5 ans (article 2224) ; en cas d’erreur ou de dol, le délai court à partir du jour où la victime les a découverts (article 1144).
Mini-cas 3 : Karim Haddad et la franchise FreshBowl
En mars 2025, Karim Haddad, 27 ans, ancien manager en restauration rapide, signe un contrat de franchise avec la société FreshBowl, qui exploite un réseau de 40 restaurants de bols healthy. Il verse un droit d’entrée de 35 000 € et s’engage pour sept ans. Avant la signature, FreshBowl lui a remis un compte prévisionnel annonçant un chiffre d’affaires de 380 000 € la première année pour un restaurant à Cergy, en précisant : « Ces chiffres correspondent à la moyenne de notre réseau. »
Au bout de douze mois, le restaurant de Karim a réalisé 175 000 € de chiffre d’affaires et accumule les pertes. En échangeant avec d’autres franchisés, il apprend que la moyenne réelle du réseau est de 210 000 €, que le chiffre de 380 000 € correspond au seul restaurant pilote des Champs-Élysées, et qu’un précédent franchisé FreshBowl a fermé à Cergy en 2023 après dix-huit mois d’activité, ce que le franchiseur ne lui a jamais dit. Karim découvre aussi que d’autres réseaux concurrents demandent un droit d’entrée de 15 000 € à 20 000 € seulement.
Source : Cas construit pour le cours.
Ce que disent les juges
Franchise et rentabilité. Un franchisé avait été placé en liquidation judiciaire peu après son ouverture, ses résultats étant très inférieurs aux prévisions remises par le franchiseur. La cour d’appel avait refusé d’annuler le contrat. La chambre commerciale de la Cour de cassation (4 octobre 2011, n° 10-20.956) a censuré cette décision : les juges devaient rechercher si le consentement du franchisé n’avait pas été déterminé par une erreur substantielle sur la rentabilité de l’activité entreprise, même en l’absence de faute du franchiseur. Depuis, la jurisprudence admet de manière constante que l’erreur sur la rentabilité, lorsqu’elle résulte de chiffres erronés fournis par le franchiseur, peut justifier l’annulation, car c’est précisément pour gagner sa vie avec ce concept que le franchisé s’engage.
Prix et devoir d’information. Dans l’arrêt « Baldus » (Cour de cassation, 1re chambre civile, 3 mai 2000, n° 98-11.381), un acheteur avait acquis des photographies à un prix très inférieur à leur valeur réelle, qu’il connaissait. La Cour a jugé qu’aucune obligation d’information ne pesait sur lui quant à la valeur. Cette solution figure désormais à l’article 1112-1 : le devoir d’information ne porte pas sur l’estimation de la valeur de la prestation.
Source : Cour de cassation ; articles 1112-1, 1132, 1136 et 1137 du Code civil.
Ne confondez pas l’erreur et le dol. L’erreur est spontanée : la victime s’est trompée seule. Le dol est une erreur provoquée par l’autre partie, de manière intentionnelle. Le dol est plus facile à faire sanctionner (l’erreur provoquée est toujours excusable, même sur la valeur), mais il faut prouver l’intention de tromper. Dans les deux cas, la sanction est la nullité relative, avec possibilité de dommages et intérêts en cas de dol.
ConnaîtreCitez les trois conditions de validité d’un contrat et les trois vices du consentement, en indiquant l’article du Code civil correspondant.
AnalyserAnalysez la situation de Karim Haddad : peut-il obtenir l’annulation de son contrat de franchise ? Sur quel fondement vous paraît-il préférable d’agir, et quelles en seraient les conséquences ?
ÉvaluerAppréciez si Karim pourrait aussi obtenir l’annulation au motif qu’il a payé un droit d’entrée bien plus élevé que celui des réseaux concurrents.
4 Le contenu et les effets du contrat
4.1 Les clauses du contrat entre professionnels
Clause : disposition particulière d’un contrat qui précise les droits et obligations des parties. Dans les relations commerciales, certaines clauses reviennent fréquemment.
| Clause | Rôle | Limite légale |
|---|---|---|
| Délai et modalités de paiement | Fixer quand et comment le client paie | Entre professionnels : 60 jours après la facture ou 45 jours fin de mois au maximum ; 30 jours à défaut d’accord (L. 441-10 C. com.) |
| Réserve de propriété | Le vendeur reste propriétaire jusqu’au paiement complet ; il peut récupérer la marchandise en cas d’impayé | Doit être convenue par écrit (articles 2367 et 2368 C. civ.) ; entre commerçants, au plus tard à la livraison |
| Clause pénale | Fixer à l’avance l’indemnité due en cas d’inexécution | Le juge peut la réduire si elle est manifestement excessive, ou l’augmenter si elle est dérisoire (article 1231-5) |
| Clause limitative ou exonératoire de responsabilité | Plafonner ou supprimer la réparation due en cas de manquement | Réputée non écrite si elle prive de sa substance l’obligation essentielle du débiteur (article 1170, jurisprudence Chronopost, Cass. com. 22 octobre 1996) |
| Clause attributive de juridiction | Désigner le tribunal compétent en cas de litige | Valable seulement entre commerçants et si elle est stipulée de façon très apparente (article 48 du Code de procédure civile) |
| Clause d’exclusivité, de non-concurrence | Réserver un territoire, interdire de travailler avec un concurrent | Doit être limitée dans le temps, l’espace et proportionnée |
| Clause résolutoire | Prévoir la fin automatique du contrat en cas de manquement désigné | Mise en demeure préalable restée infructueuse, sauf si le contrat prévoit que la résolution résulte du seul fait de l’inexécution (article 1225) |
Mini-cas 4 : Extrait du contrat entre Atelier Soléo et Pop Beauté
Atelier Soléo, fabricant de cosmétiques bio à Mantes-la-Jolie (22 salariés), vend ses produits à des boutiques indépendantes. Extrait du contrat de distribution signé en janvier 2026 avec la boutique Pop Beauté, qui l’a rédigé et imposé à Soléo : « c’est notre modèle, à prendre ou à laisser ».
Article 4 : Exclusivité. Pendant toute la durée du contrat, le fournisseur s’interdit de vendre ses produits à toute autre boutique située dans un rayon de 30 km autour du magasin du distributeur.
Article 6 : Paiement. Les factures sont payables à 75 jours à compter de leur date d’émission.
Article 7 : Pénalité. En cas de rupture de stock empêchant une livraison, le fournisseur versera au distributeur une pénalité égale à 30 % du montant annuel des commandes de l’année précédente.
Article 9 : Propriété. Le transfert de propriété des marchandises intervient dès leur livraison.
Article 12 : Litiges. Tout litige relèvera de la compétence exclusive du tribunal des activités économiques de Nanterre.
Source : Cas construit pour le cours.
Délais de paiement : une amélioration fragile
Selon l’étude publiée par le cabinet Altares le 15 septembre 2026, le retard moyen de paiement des entreprises françaises est tombé à 12,3 jours au premier semestre 2026, contre 14,1 jours un an plus tôt. C’est le meilleur niveau depuis trois ans, et la France repasse sous la moyenne européenne (13,1 jours). Près d’une entreprise sur deux (49,7 %) paie désormais ses fournisseurs à l’échéance.
Les écarts restent forts selon la taille : les très petites entreprises paient avec 11,7 jours de retard en moyenne, contre 19,6 jours pour les organisations de plus de 1 000 salariés. Or un retard s’ajoute au délai contractuel, qui peut déjà atteindre 60 jours : pour un petit fournisseur, l’attente entre la livraison et l’encaissement dépasse souvent deux mois. En 2025, les retards de paiement ont été identifiés par la Banque de France comme l’un des facteurs de la hausse des défaillances d’entreprises, qui ont atteint un niveau record.
Le non-respect des délais légaux expose l’entreprise à une amende administrative prononcée par la DGCCRF, pouvant atteindre 2 millions d’euros pour une personne morale, en plus des pénalités de retard et de l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement dues au fournisseur.
Source : D’après Altares, étude sur les comportements de paiement, 15 septembre 2026 ; Banque de France ; Code de commerce, articles L. 441-10 et L. 441-16.
AppliquerIdentifiez la nature de chacune des clauses du document 8 (articles 4, 6, 7, 9 et 12) et précisez à quoi elle sert pour la partie qui l’a rédigée.
AnalyserAnalysez la validité des articles 6 et 7 du contrat, puis conseillez Atelier Soléo sur la clause qu’elle aurait dû négocier pour se protéger des impayés.
4.2 Les clauses abusives
Clause abusive : clause qui crée, au détriment d’une partie, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. Elle est réputée non écrite : elle est effacée du contrat, qui continue de s’appliquer sans elle. Trois textes coexistent :
- Contrat entre un professionnel et un consommateur : article L. 212-1 du Code de la consommation. Un décret dresse une liste noire de clauses toujours abusives (par exemple permettre au professionnel de modifier seul le prix ou les caractéristiques du service, article R. 212-1) et une liste grise de clauses présumées abusives, sauf preuve contraire par le professionnel (article R. 212-2).
- Contrat d’adhésion, y compris entre professionnels : article 1171 du Code civil. Le déséquilibre ne peut pas porter sur le prix ni sur l’objet principal du contrat.
- Relations commerciales : article L. 442-1 du Code de commerce, qui sanctionne le fait de soumettre un partenaire à des obligations créant un déséquilibre significatif.
La Commission des clauses abusives formule des recommandations ; la DGCCRF contrôle les contrats et peut infliger des amendes administratives ; les associations de consommateurs peuvent agir en justice.
Mini-cas 5 : Les salles de sport sous surveillance
Lors d’une enquête menée en 2022 et 2023 auprès de 571 salles de sport, la DGCCRF a relevé au moins une anomalie dans plus de 70 % des établissements contrôlés, et des clauses illicites ou abusives dans 46 % des contrats. La Commission des clauses abusives a d’ailleurs consacré une recommandation aux contrats des clubs de sport, en visant notamment les clauses qui laissent au seul club le pouvoir d’apprécier si un abonné peut suspendre son abonnement.
Extrait des conditions générales de FitMur, salle de sport aux Mureaux (abonnement de 12 mois à 34,90 € par mois) :
Article 5. FitMur se réserve le droit de modifier à tout moment les horaires d’ouverture, les activités proposées et le montant de l’abonnement, sans que l’adhérent puisse résilier son contrat.
Article 8. Aucune résiliation anticipée n’est possible, y compris en cas de déménagement à plus de 50 km, de mutation professionnelle ou de maladie empêchant la pratique sportive.
Article 11. Le montant de l’abonnement est de 34,90 € par mois, payable par prélèvement le 5 de chaque mois.
Source : D’après DGCCRF, enquête 2022-2023 sur les salles de sport, et Commission des clauses abusives ; extrait de CGV construit pour le cours.
AnalyserAnalysez les articles 5, 8 et 11 des conditions générales de FitMur : sont-ils abusifs ? Quelle est la sanction, et quelles conséquences pour l’adhérent ?
4.3 Les effets du contrat
Force obligatoire et irrévocabilité : le contrat s’impose aux parties (article 1103) et ne peut être modifié ou révoqué que par leur accord mutuel, ou pour les causes prévues par la loi (article 1193). Une partie ne peut donc pas changer seule le prix en cours de contrat.
Effet relatif : le contrat ne crée d’obligations qu’entre les parties (article 1199). Il est cependant opposable aux tiers, qui doivent le respecter : un concurrent ne peut pas aider sciemment une partie à violer une clause d’exclusivité.
Interprétation : en cas de doute, on recherche la commune intention des parties (article 1188). Un contrat d’adhésion s’interprète contre celui qui l’a proposé (article 1190).
Imprévision : si un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion rend l’exécution excessivement onéreuse pour une partie qui n’avait pas accepté d’en assumer le risque, celle-ci peut demander une renégociation. Elle continue d’exécuter ses obligations pendant ce temps. En cas de refus ou d’échec, les parties peuvent convenir de mettre fin au contrat ou demander au juge de l’adapter ; à défaut d’accord dans un délai raisonnable, le juge peut réviser le contrat ou y mettre fin (article 1195). Cette règle n’est pas d’ordre public : un contrat peut l’écarter par une clause.
La crise de l’énergie, test grandeur nature de l’imprévision
À partir de l’automne 2021 et surtout en 2022, la reprise économique post-Covid puis la guerre en Ukraine ont provoqué une envolée des prix de l’énergie et de nombreuses matières premières. Des milliers de petites entreprises, en particulier les boulangeries, ont vu leur facture d’électricité multipliée plusieurs fois au renouvellement de leurs contrats, au point que l’État a mis en place des dispositifs d’aide exceptionnels (bouclier tarifaire, amortisseur électricité, guichet d’aide au paiement des factures).
Pour les entreprises engagées dans des contrats de fourniture à prix fixe signés avant la crise, la question de l’imprévision s’est posée : un fabricant qui s’était engagé à livrer à prix ferme pendant trois ans pouvait-il demander à renégocier ? Les praticiens ont constaté que de nombreux contrats commerciaux écartaient l’article 1195 par une clause, ce que la loi permet, laissant l’entreprise supporter seule la hausse. Depuis, les contrats prévoient de plus en plus souvent des clauses d’indexation (le prix suit un indice) ou de révision de prix, négociées dès l’origine.
Source : Synthèse rédigée pour le cours à partir de la presse économique et des publications du ministère de l’Économie sur les aides énergie 2022-2023.
ÉvaluerJustifiez si la boulangerie Au Fournil des Mureaux, qui s’est engagée en juin 2021 à livrer chaque matin des viennoiseries à un hôtel à prix fixe pendant trois ans, pouvait en 2022 invoquer l’imprévision. Envisagez le cas où le contrat ne dit rien, puis le cas où il contient une clause écartant l’article 1195.
5 Synthèse du chapitre
Le contrat est l’outil juridique qui sécurise les relations de l’entreprise avec ses clients, fournisseurs et partenaires. Il repose sur la liberté contractuelle, la force obligatoire, la bonne foi, le consensualisme et l’effet relatif. Depuis la réforme de 2016, le droit tient davantage compte des rapports de force : contrat d’adhésion, devoir d’information, abus de dépendance, imprévision.
Le contrat se prépare pendant les pourparlers, libres mais soumis à la bonne foi : une rupture brutale et déloyale engage la responsabilité de son auteur, qui indemnise les frais engagés mais pas les gains espérés. Il se forme par la rencontre d’une offre ferme et précise et d’une acceptation conforme ; une acceptation qui modifie l’offre est une contre-offre, et le contrat est conclu quand l’acceptation parvient à l’offrant.
Pour être valable, le contrat exige un consentement libre et éclairé (sans erreur, dol ni violence), la capacité des parties et un contenu licite et certain. À défaut, il est annulé : il est censé n’avoir jamais existé et les parties se restituent ce qu’elles ont reçu. Son contenu est organisé par des clauses (paiement, réserve de propriété, clause pénale, limitation de responsabilité, juridiction), encadrées par la loi : les clauses abusives sont réputées non écrites. Une fois formé, le contrat s’impose aux parties, qui ne peuvent le modifier que d’un commun accord, sauf renégociation pour imprévision.
Schéma bilan
Traiter une question juridique à l’épreuve E3
À l’E3, une question juridique appelle toujours une réponse construite, jamais une simple citation d’article. Même si la question est courte (« Le contrat est-il formé ? »), rédigez les étapes du syllogisme en paragraphes : faits utiles qualifiés juridiquement, règle de droit citée précisément (numéro d’article, jurisprudence du dossier), application point par point, conclusion nette.
- Piège 1 : réciter la règle sans l’appliquer. Le correcteur attend que vous reliiez chaque condition de la règle à un fait précis du dossier.
- Piège 2 : oublier la sanction. Dire qu’une clause est illicite ne suffit pas : précisez si elle est réputée non écrite, si le contrat est nul, si le juge peut la réviser.
- Piège 3 : rester théorique. Terminez par la conséquence concrète pour l’entreprise (ce qu’elle peut obtenir, ce qu’elle risque, ce qu’elle doit faire).
6 Glossaire
| Terme | Définition |
|---|---|
| Acceptation | Manifestation de la volonté d’être lié dans les termes de l’offre. Si elle modifie l’offre, c’est une contre-offre. |
| Bonne foi | Obligation de loyauté qui s’impose lors de la négociation, de la formation et de l’exécution du contrat ; elle est d’ordre public. |
| Clause abusive | Clause créant un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties ; elle est réputée non écrite. |
| Clause pénale | Clause fixant à l’avance l’indemnité due en cas d’inexécution ; le juge peut la modérer ou l’augmenter. |
| Consensualisme | Principe selon lequel le contrat se forme par le seul échange des consentements, sans formalité particulière. |
| Contrat | Accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations. |
| Contrat d’adhésion | Contrat dont les clauses non négociables sont déterminées à l’avance par l’une des parties. |
| Contrat de gré à gré | Contrat dont les stipulations sont librement négociées entre les parties. |
| Dol | Fait d’obtenir le consentement de l’autre par des manœuvres, des mensonges ou la dissimulation intentionnelle d’une information déterminante. |
| Effet relatif | Principe selon lequel le contrat ne crée d’obligations qu’entre les parties. |
| Erreur | Fait de croire vrai ce qui est faux ; cause de nullité si elle porte sur les qualités essentielles et n’est pas inexcusable. |
| Force obligatoire | Principe selon lequel le contrat légalement formé s’impose aux parties comme la loi. |
| Imprévision | Changement de circonstances imprévisible rendant l’exécution excessivement onéreuse, qui permet de demander une renégociation. |
| Nullité | Anéantissement rétroactif d’un contrat qui ne remplit pas une condition de validité ; relative (intérêt privé) ou absolue (intérêt général). |
| Offre | Proposition ferme et précise, comprenant les éléments essentiels du contrat, exprimant la volonté d’être lié en cas d’acceptation. |
| Ordre public | Ensemble des règles impératives auxquelles les parties ne peuvent pas déroger par contrat. |
| Pourparlers | Négociations précédant la conclusion du contrat ; libres mais soumises à la bonne foi. |
| Réputée non écrite | Se dit d’une clause effacée du contrat, qui continue de s’appliquer sans elle. |
| Réserve de propriété | Clause par laquelle le vendeur reste propriétaire du bien jusqu’au paiement complet du prix. |
| Violence | Contrainte qui inspire la crainte d’un mal considérable, ou abus de l’état de dépendance d’un partenaire, pour obtenir son consentement. |
7 Quiz de révision
Pour chaque question, entourez la bonne réponse (une seule par question). Durée conseillée : 15 minutes.
Le contrat est défini par le Code civil comme :
« Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » exprime le principe :
Un courriel annonçant « nos vélos à partir de 990 € » est :
Un client répond à une offre : « d’accord, mais avec 10 % de remise ». Juridiquement, c’est :
Le silence gardé par le destinataire d’une offre :
Le contrat est conclu :
En cas de rupture fautive des pourparlers, la victime peut obtenir :
Cacher volontairement une information que l’on sait déterminante pour l’autre partie constitue :
Avoir payé un bien plus cher que sa valeur réelle, sans avoir été trompé, est :
La nullité relative :
Entre professionnels, le délai de paiement maximal convenu est de :
Une clause qui prive de sa substance l’obligation essentielle du débiteur est :
Face à une clause pénale manifestement excessive, le juge peut :
Un contrat dont les clauses non négociables sont fixées à l’avance par une partie est :
Une clause abusive dans un contrat de consommation est :
Cet entraînement reproduit le format de l’épreuve E3 sur une durée réduite de moitié : un contexte d’entreprise, une base documentaire et des questions croisant l’économie et le droit. Lisez d’abord toutes les questions (10 minutes), puis le dossier en repérant les informations utiles à chaque question. Répondez sur copie, par des paragraphes construits et argumentés. Gérez votre temps : environ 20 minutes par question, 10 minutes de relecture.
Présentation de Terra Verde
Terra Verde est une SAS créée en 2022 à Épône (Yvelines) par Inès Morel, ancienne acheteuse dans la grande distribution. L’entreprise, qui emploie 12 salariés, livre aux entreprises des paniers de fruits et légumes de saison achetés auprès de 25 producteurs situés à moins de 60 km. Ses clients sont des comités sociaux et économiques (CSE), qui offrent des paniers aux salariés, et des entreprises qui installent des corbeilles de fruits dans leurs locaux. En 2025, le chiffre d’affaires a atteint 1,1 million d’euros.
Terra Verde ne possède pas de camions frigorifiques : elle confie ses livraisons à un transporteur, FroidExpress. Inès Morel souhaite développer la clientèle des grandes entreprises de la vallée de la Seine, mais elle rencontre des difficultés contractuelles avec un client et s’interroge sur le contrat de transport qu’elle a signé.
Source : Cas construit pour l’entraînement.
Le marché des produits frais pour les entreprises
Le marché des corbeilles et paniers de fruits en entreprise s’est développé avec les politiques de qualité de vie au travail. Terra Verde y affronte des grossistes régionaux, des plateformes nationales de livraison qui proposent des prix plus bas grâce à leurs volumes, et les services « drive » de la grande distribution. Créer une activité de ce type demande peu de capital, mais un réseau fiable de producteurs et une logistique du froid sont indispensables.
Terra Verde mise sur l’origine locale et la fraîcheur. Or les clients ont du mal à vérifier ces promesses : des concurrents affichent « produits locaux » pour des fruits achetés à Rungis sans indication de provenance. Terra Verde a donc créé une fiche de traçabilité par panier (nom du producteur, commune, date de récolte). Elle met aussi en avant la réduction des transports et le soutien à l’agriculture périurbaine, qui préserve des terres agricoles autour des villes. Avec l’inflation alimentaire et la baisse du pouvoir d’achat, plusieurs CSE ont toutefois réduit leur budget en 2026.
Source : Synthèse rédigée pour l’entraînement.
Échanges avec le CSE d’Axium Industrie
| Date | Expéditeur | Message |
|---|---|---|
| 1er sept. 2026 | Terra Verde | « Nous vous proposons 40 paniers par semaine à 22 € HT le panier, pendant un an, à partir du 5 octobre. Offre valable jusqu’au 30 septembre. » |
| 10 sept. | CSE Axium | « Nous sommes intéressés, mais notre budget nous permet 20 € le panier. » |
| 14 sept. | Terra Verde | « Nous pouvons descendre à 21 € HT le panier si vous passez à 50 paniers par semaine, mêmes conditions. » |
| 18 sept. | CSE Axium | « C’est d’accord : 50 paniers par semaine à 21 € HT, premier panier le 5 octobre. » (courriel reçu le jour même) |
| 21 sept. | Terra Verde | « Nous venons de signer avec un client plus important et n’avons plus la capacité de vous livrer. Nous retirons notre proposition. » |
Source : Cas construit pour l’entraînement.
Extrait du contrat de transport signé avec FroidExpress
Article 3. FroidExpress s’engage à transporter les marchandises sous température dirigée entre 2 °C et 6 °C, de l’entrepôt de Terra Verde jusqu’aux sites des clients.
Article 7. FroidExpress ne saurait être tenu responsable des pertes résultant d’une rupture de la chaîne du froid, quelle qu’en soit la cause.
Article 10. En cas de résiliation anticipée par Terra Verde, pour quelque motif que ce soit, celle-ci versera à FroidExpress une indemnité égale à 12 mois de facturation moyenne.
Source : Cas construit pour l’entraînement.
Extraits du Code civil
Article 1114 : « L’offre [...] comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et exprime la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation. »
Article 1116 : « Elle ne peut être rétractée avant l’expiration du délai fixé par son auteur [...]. »
Article 1118 : « L’acceptation est la manifestation de volonté de son auteur d’être lié dans les termes de l’offre. [...] L’acceptation non conforme à l’offre est dépourvue d’effet, sauf à constituer une offre nouvelle. »
Article 1121 : « Le contrat est conclu dès que l’acceptation parvient à l’offrant. »
Article 1170 : « Toute clause qui prive de sa substance l’obligation essentielle du débiteur est réputée non écrite. »
Article 1231-5 : « Lorsque le contrat stipule que celui qui manquera de l’exécuter paiera une certaine somme à titre de dommages et intérêts, il ne peut être alloué à l’autre partie une somme plus forte ni moindre. Néanmoins, le juge peut, même d’office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. »
Source : Code civil.
3 pointsIdentifiez les agents économiques en relation avec Terra Verde et caractérisez le marché sur lequel elle intervient (concurrence, coopération, barrières à l’entrée).
4 pointsAnalysez en quoi l’activité de Terra Verde est confrontée à une asymétrie d’information et génère des externalités. Montrez comment l’entreprise transforme ces éléments en argument commercial.
5 pointsInès Morel estime qu’aucun contrat n’a été conclu avec le CSE d’Axium Industrie et qu’elle pouvait retirer sa proposition le 21 septembre. Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse par un raisonnement juridique.
5 pointsAnalysez la validité des articles 7 et 10 du contrat de transport signé avec FroidExpress et indiquez à Terra Verde ce qu’elle peut en attendre en cas de litige.
3 pointsProposez à Inès Morel deux mesures concrètes pour mieux sécuriser ses relations contractuelles avec ses futurs clients et partenaires. Justifiez chacune.


